« Pieds nus, traverser mon coeur »
Un pestacle (Inclassable !) raconté par Alexiane
Michèle Guigon n’a rien perdu de son tempérament vif-argent et son spectacle fourmille de vivacité, de sourires, de profondeur : « Le titre s’est imposé à moi « Pieds nus, traverser mon cœur ». Pour aller où ? Je n’en sais rien, c’est l’inconnu, le nouveau ; si je savais, ce serait un voyage organisé. Je ne vous imposerais pas ça, croyez-moi !». Elle y partage ses joies : « c’est sûr, je me sentais mieux dans mon corps il y a vingt ans. Mais je me sens mieux dans ma peau maintenant !». Confie ses inquiétudes, livre ses compréhensions : « Je me pose toujours des questions, j’adore ça. Je mène une enquête sur la vie, j’ai des soupçons, je trouve qu’autour d’elle il y beaucoup de morts. Je m’interroge. Et j’ai avancé sur une réponse, j’ai appris que, si la tête est le lieu pour poser les questions, l’endroit pour recevoir les réponses c’est le coeur ». Ce quatrième solo est un trajet de la peur à l’amour : « Je ne suis séparée de l’amour que par une seule chose, … moi. » Aimer est un tel travail. Aimer juste. Juste aimer… Un trajet de vie. Le trajet d’une vie. « Vivre est un tel travail, pourquoi nous en demande-t-on un autre ? »
Il y a des pièces que l’on va voir comme vous. On voit l’affiche, la distribution, la pièce, on a envie d’y aller, on y va. Et puis il y a des pièces où c’est différent. Des spectacles où l’on part le cœur qui bat, avec un peu d’appréhension. Des soirs où on a rendez-vous avec la vie. Sa vie. Comme le dit d’ailleurs si bien Michèle : « Demain il faut que je me lève, j’ai rendez-vous avec la vie ».
Alors toute la journée qui a précédé cette soirée si particulière, je me suis faite jolie. J’avais rendez-vous avec la vie. J’ai libéré mon esprit, j’ai chassé le vilain, le glauque, l’impropre, l’inutile, le pas certain. J’avais rendez-vous avec la vie. Le soir, j’ai couru, foutu en l’air mon chignon tout propret, mon maquillage tout frais. J’avais rendez-vous avec la vie. Mais les minutes défilaient, les stations de métro, j’allais le rater, j’allais le rater mon rendez-vous avec la vie. J’ai eu peur, peur de me louper, peur d’arriver trop tard, de rater ce rendez-vous là. Mais cette fois-ci, je ne pouvais pas arriver en retard, pas en retard de ma propre vie ! Alors courir, courir, arriver 10 secondes à temps. Le cœur qui bat déjà, comme s’entrainant. La force du cœur qui bat. Les amis de toujours, là à gauche, à droite. Et Michèle, là aussi Sur scène déjà. Sans rideau. Dans sa vérité toute nue. Sans rideau qui se lève et qui se baisse. Il n’y a pas d’avant, il n’y a pas d’après, pas de coulisses. Il y a sa vie, il y a la nôtre. Il y a cette rencontre, durant quelques minutes. Plus jamais la même après elle. Plus jamais.
Mais voilà, laisser un artiste envahir autant sa vie, ses sentiments, cela ne donne pas de jolies critiques. Cela annihile toute objectivité, on se raconte, on vous perd. Alors que dire d’autre ? Allez-y. Souvenez-vous le bouleversement de son dernier spectacle. La claque dont Plastie & moi nous nous sommes délectées tant de fois. Ce spectacle qui changea tout simplement notre regard sur le monde. Rien de moins. Tout de plus.
Notre regard sur ce petit bout de femme, primesautière qui te chope au coin d’un sourire, t’entraine vers tes peurs les plus profondes, la mort, la tienne, celle de tes proches, la maladie. Tes faiblesses. Tes trucs vilains qui t’empêchent d’avancer, ces trucs auxquels tu ne penses pas, pour courir, toujours, plus vite, plus loin. Pour ne pas y penser. Dans ce dernier spectacle, Michèle se met pieds nus pour te demander pourquoi tu cours si vite ? Réfléchis, ainsi tu vas plus vite vers ta mort ! Et c’est un peu con non ? Plus tu te presses, plus le temps passe vite. Ca semble évident. Et pourtant tu cours comme un crétin. Sans réfléchir. Tu cours de peur de t’arrêter.
Alors, à ceux qui me répondent « Bordel, t’as pas un truc plus drôle ? » quand je leur dis de foncer voir ce spectacle qui parle de vie, de mort, qui fait rire, qui fait pleurer, qui fait sentir vivant, qui remue, qui fait du bien, qui fait du mal, qui nous fait réfléchir. Alors quand à ces arguments, on me répond souvent « Bordel, t’as pas un truc plus drôle ? », je réponds non, justement. On ne loupe pas une occasion de sortir fort d’une richesse personnelle qui me semble être la quête de toute une vie non ? J’ai ri deux fois comme jamais, ce soir là. Si, pardon, comme la fois précédente avec Michèle. C’est tout. D’un rire vrai, d’un rire où je me foutais de tout, des apparences, du chignon qui se casse la gueule, de mes incertitudes, de ma vie qui va où, on ne sait pas, on ne sait plus, on ne sait jamais. D’un rire vrai, parce qu’il n’y a pas d’envers du décor dégueulasse. Pas de rideau qui se baisse non.
Certes, si tu veux te marrer, tu vas voir autre chose. Mais il y a des moments de ta vie, où la poilade te branche moins, où tu en as marre de tout ça, où tu as envie de voler plus haut, mais abrutie par des mois, des années où la vie ne te laisse de répit que pour le léger, le superficiel et la facilité, où réfléchir ça t’emmerde, la vie est trop courte, bordel, Alexiane. Moi je dis justement, Michèle est bonne, elle te colle pieds nus, et te fait traverser son cœur. A la fin, elle te regarde, espiègle. La route qui s’ouvre à toi, là, tu la vois ? Eh bien c’est le chemin qui mène au tien, de cœur. Alors fous-toi pieds nus, aies ce courage et traverse toi aussi.
Et même pas tu n’es obligé d’aimer l’accordéon de Michèle, y’a trois morceaux, tu devrais t’en sortir. Regarde , moi je n’aime pas, et j’y retourne à chaque fois. Non, je n’aime pas son accordéon, il me fout le bourdon. Preuve en est que je n’ai pas fini de traverser tiens. Jusqu’à ce que je n’ai plus peur de l’accordéon. Et de la fatalité de mon existence.
« Pieds nus, traverser mon coeur » de Michèle Guigon et Susy Firth, mise en scène :
Anne Artigau, avec Michèle Guigon, au théâtre du Lucernaire jusqu’au 13 octobre.






Je te trouve très dure avec l’accordéon. Moi je l’adore. La preuve, le CD de Michèle je l’écoute presque toujours dans le train. Et quand je pleure, les gens doivent penser que j’ai toutes les peines du monde alors que non, je suis juste émue par la musique, les textes et la voix.
Apparemment, les mots justes, c’est contagieux. Bravo, Alex. Je me réjouis d’autant plus de voir bientôt le (précédent) spectacle de Michèle dans mon So Provincious village.
je sais pas si j’aurais un jour l’opportunité d’aller voir ce spectacle près de chez moi, mais rien que tes mots me parlent très fort.
et là je dis merci ! c’est drôlement chouette que tu te sois remise à écrire ici, vraiment. (on dira que l’épisode Bernard Menez n’était qu’un moment d’égarement)
@Plastie : Justement ! T’imagines le monde qui va s’ouvrir à moi quand je vais aimer l’accordéon ?
@Merlin : Enchantée ! (oui : elle était facile)
@Anne Cé : C’est parce que Bernard, que parfois Michèle, aussi.
Il y avait longtemps que je n’avais pas eu envie de voir un spectacle rien qu’en te lisant, tiens !
Fonce, ça va te plaire en plus !
Bravo à Michèle pour avoir inspiré cette jolie prose à Alexiane!
Aussi touchant de voir Michèle que de lire Alexiane! ;-))
Pas vu le premier et ce n’est pas l’envie qui me manquait…
En tout cas si elle passe part chez moi : je n’hésites pas !
Merci merci :).
Ouaouh ! Un « petit évenement de vie » m’a retardé dans la lecture de ce billet mais tes mots sonnent juste, je pense que tu lui donne un bel hommage avec cet article et j’espère vraiment que des gens se motiveront pour aller la voir !
Mon « petit évenement de vie » ne va pas me permettre d’aller la voir tout de suite mais si j’en trouve quand même l’occasion avant que ça ne termine, vraiment, je pense que j’irai !