« Pauvre France », avec Bernard Menez

Un pestacle (Boulevard, Théââââââtre) raconté par Alexiane

Un mois d’août à Paris. Des affiches partout dans le métro, Bernard Menez, ce pitch : « Victor Tabouré, teinturier à Limoges, monte à Paris pour annoncer à son fils que sa femme vient de le quitter. Il découvre avec stupeur que celui-ci vit avec un garçon. Dépassé par les événements, il tente alors par tous les moyens de sauver les apparences ».

Allez savoir pourquoi, cela m’a donné envie de foncer à l’Alhambra. Ne ricanez pas, je sais bien qu’il y avait quelques signes avant-coureurs ! Mais je voulais quelque chose de léger, découvrir Bernard Menez que je n’avais jamais vu sur scène, et que j’imaginais excellent dans ce registre (du boulevard un peu graveleux, donc). Qui plus est, habituellement je suis très bon public pour ce genre de pièce, d’acteurs. Vous lisez quand même quelqu’un QUI AIME aller au théâtre des Deux Anes, ou au Caveau de la République. (Si si). Que voulez-vous, je n’ai rien trouvé de mieux pour me sentir totalement dépaysée une soirée entière sans sortir de Paris. Mais autant le dire tout de suite : j’ai vite compris ma douleur. J’aurais néanmoins passé une bonne soirée grâce à la découverte de Fabrizio, qui tient le comique de l’ensemble de la pièce à bout de bras. Pas une mince affaire.

Certes, je conviens que si j’avais replacé la pièce dans son contexte dès le départ, à savoir un grand classique du boulevard américain, jouée auparavant par Jean Lefebvre dans les années 70 (son plus grand succès sur scène d’ailleurs), j’aurais été plus indulgente face aux lourdeurs du texte vieillissant. Mais j’avoue y être allée sans aucune préparation, comme on va au théâtre pour une pièce de pur divertissement, un truc un peu con con pour passer un bon moment. Rien de plus, rien de moins. Et peu importe si on a tout oublié quelques jours après, jusqu’à l’existence de la pièce elle-même. Mais là je veux bien admettre que cette pièce serait un classique, mais qui a tellement mal vieilli… Une pièce née dans les années 70 et qui devrait le rester. J’étais d’ailleurs très gênée face à certaines répliques, ne sentant aucun second degré, aucune distance dans le jeu des acteurs. Jeu des acteurs qui doit être pour beaucoup dans ma déception, car quand je visionne cette scène avec Jean Lefebvre, je vous assure que c’est autre chose :

L’occasion de revoir Bernard Giraudeau d’ailleurs, dans son tout premier rôle, il y a 40 ans donc. (Je ne me lasse pas de le regarder, je suis certaine que je ne serais pas la seule).

En l’occurrence, son rôle est repris par Xavier Bernard, qui tout le long semble se demander ce qu’il fait là. Nous nous le demandons aussi. Un peu comme Lea François qui joue le sempiternel rôle de plante verte canon propre à toute pièce de boulevard qui se respecte (c’est désormais Elisa Menez qui reprend le rôle). Rien à dire sur la plastique, canon elle l’est. Mais de Plus belle la vie aux planches, il semble y avoir un pas un peu difficile à faire chaussée de plateforme shoes. Et que l’on ne m’accuse pas de ne pas aimer Karine Lyachenko, j’ai beaucoup aimé son dernier one-woman show. Mais sérieusement qu’est-elle venue faire dans cette galère, accoutrée dans un costume de tyrolienne ridicule et déclamant son texte sans aucune conviction ? Presque envie de monter sur scène et de lui dire « Viens on rentre à la maison ». Heureusement (oui, il y eut un moment heureux), cette pièce est l’occasion de découvrir Fabrizio que j’ai trouvé excellent dans son rôle (la comparaison avec Serrault dans la Cage aux folles ne me semblant pas du tout exagérée), qui fait rire, qui sauve le rythme, grâce auquel on oublie les répliques qui sonnent faux, qui sonnent vieux, bref qui tient la pièce à lui tout seul. Et qui y parvient bien. Excellente découverte donc, qui me fait penser aujourd’hui qu’aller voir ce spectacle peut avoir un intérêt et être source de divertissement. Vous voyez à quel point sa prestation a pu me convaincre. Puisque le reste …

Alors, j’entends bien ça et là les arguments souhaitant donner à cette pièce une vocation pédagogique. Si l’on en croit les acteurs en promotion en ce moment, ce serait une œuvre qui servirait la cause homosexuelle en bousculant les préjugés. Dans les années 70 peut-être, mais aujourd’hui ? En 2011, j’imagine qu’il est possible d’imaginer combattre autrement les préjugés qu’en les égrainant durant 90 minutes.

Est-il utile d’aborder le cas Bernard Menez ? Amis des Pestaculaires, j’ai découvert qu’il n’est peut-être pas si bon acteur que je ne le pensais. La désillusion totale. Il semble néanmoins que je sois seule surprise de cette constatation. Néanmoins pour les plus grands fans, sachez qu’aller voir cette pièce vous permettra de voir Bernard en slip kangourou rouge à deux reprises. Je n’en jette plus, je sais que j’ai fini de vous convaincre.

Pauvre France !, une pièce de Ron Clark et Sam Bobrick, mise en scène
de Bernard Menez et Fabrizio, avec Bernard Menez, Fabrizio, Xavier Bernard,
Karine Lyachenko et Elisa Menez, jusqu’au 1er octobre 2011 à L’Alhambra.

Bonus track (je ne peux tout simplement pas m’en empêcher) :

 

 

 

 

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